+7 (914) 947-53-79

Тихий домашний отдых
в резиденции "Филоксения", Ольхон, Байкал

23 November 2017

Serjour sur l'ile d'Olkhon

Nous avons été accueillis à bras ouverts par ce «personnage» de l'Ile d'Olkhon. Notre séjour a été largement facilité par son contact. Cet homme ainsi que son épouse ont été une rencontre déterminante.
Serguey est venu nous chercher à l'aéroport, a transporté le matériel de nos deux paramotoristes, quand, à deux reprises, ils sont tombés en panne sur le lac gelé. Puis nous avons passé une journée avec lui jusqu'au Cap Khoboï, avec vols aériens. Enfin il nous a ramenés à l'aéroport hier matin.

Nous sommes donc de retour avec des images plein la tête et de belles rencontres plein le cœur. Ce séjour nous a énormément plu, bien accueillis par ailleurs à l'auberge de Nikita.

Ravis d'avoir vu le lac gelé, ses formations glaciaires, de revoir des sites visités en été. Ce fut un enchantement.
Le froid était bien présent. Mais nous avions le bon équipement, car parfois nous passions la journée dehors.

Читать все отзывы

 

 

Scrol

 

Bateaux immobilisés dans la glace du Lac Baïkal.

Le Lac Baïkal

 

 

Après notre première nuit en Sibérie, nous faisons la rencontre avec les chiens de traîneaux.

Une vidéo de Charlotte:

 

Voyage en Sibérie 2
Détours - Publié le 28 mars 2016
 

 

 

Deux équipes de 6 chiens avec deux conducteurs embarquent les jeunes qui font, chacun à leur tour, une balade de 20 minutes sur le lac. Les chiens foncent et glissent parfois. Ils sont plus habitués aux chemins de la Taïga. La joie est à son comble avec la sensation de vitesse dans le décor fascinant de beauté de la «Mer sacrée».

 

Les chiens.

Les chiens de traîneaux

 

 

Sergey apporte aussi des patins à glace pour ceux qui désirent se lancer. Avec son camion, il tire les enfants au bout d'une corde ou sur une luge. Nos vêtements grand froid sont bienvenus : les traîneaux vont vite!

 

Sergey tire les enfants sur le Lac Baïkal.
Sergey tire les enfants sur le Lac Baïkal. [Christophe — DR]
 

 

Le lendemain, 2 février, nous retournons sur le lac pour pêcher. Il faut une chignole pour creuser la glace et Anatoli, le pêcheur qui connaît personnellement les poissons, nous explique comment les appâter. Heureusement, nous nous blotissons dans des petites tentes igloo, installés sur les trous dans la glace.

 

Un des deux pêcheurs du Lac Baïkal.
Un des deux pêcheurs du Lac Baïkal. [Alice — DR]
 

 

Cette fois le vent souffle. Le froid mord plus que le poisson… toute une matinée à attendre le miracle. Notre pêche se résumera à douze petits poissons, une sorte de petite perche alors que nous rêvions du fameux «oumoul», délicieux poisson proche de l'esturgeon qui fait la gloire du lac. Pas de déception pourtant, le vieux pêcheur Anatoli nous transmet son amour de la pêche et son visage ridé est si beau.

 

Premier trou pour la pêche sur le Lac Baïkal.

La pêche sur le Lac Baïkal

 

 

Le soir

Le soir, pour réchauffer les corps, nous sommes initiés à la Banya, sauna russe. «Que la vapeur vous soit légère», nous disent les Russes avant que nous entrions. Il n’y a pas de trou creusé dans le lac pour se jeter dans l’eau glacée après l’étuve. Comme nous l'avait annoncé Eric, sortir en maillot de bain fait déjà son effet!

Puis nous nous retrouvons tous ensemble pour évoquer la journée et les jeunes écrivent ensemble leur carnet de voyage. Le dernier soir à Khoujir, nos hôtes de la Philoxenia invitent des voisins pour nous chanter des chants de Noël. Nous sommes tous émus par ces voix, les gorges se nouent, d'autant que nos jeunes vont bientôt entonner leur chanson russe. Beaucoup de larmes dans les yeux ce soir-là.

 

Le dernier soir, à Khoujir sur l'île d'Olkhon, les hôtes chantent pour les enfants.
Le dernier soir, à Khoujir sur l'île d'Olkhon, les hôtes chantent pour les enfants. [Christophe — DR]
 

 

Visite chez un chaman bouriate à Elantsy

En retournant sur Irkoutsk, nous faisons halte dans le village bouriate d'Elantsy. Dans une yourte de bois, avec un feu qui crépite, mais allumé un peu tard pour vraiment nous tenir chaud, un chamane va partager ses croyances avec nous. Il est passionnant mais le froid glacial nous accapare. Les chants de gorge se mêlent au tambour. Les jeunes restent malgré tout très attentifs pendant une heure et demie. Ils sont intrigués par le double pouce du chamane qui leur explique que c'est en autre à cette particularité qu'il a été choisi.

 

Le chaman bouriate.

Visite chez le chaman bouriate

 

L’homme nous explique que le chamanisme a précédé toutes les grandes religions et qu'à ce titre, on devrait le respecter. Après avoir été interdit en Union Soviétique, il reprend peu à peu sa place. Tout au long de notre trajet, en cette Terre bouriate des bords du lac, nous verrons souvent des rubans de couleur. Ce sont des prières accrochées aux bouleaux, notamment près du Rocher sacré de l'ile d'Olkhon. C’est aujourd'hui un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Irkoutsk

Arrivés à Irkoutsk, nous visitons la bibliothèque universitaire dans laquelle Jules Verne a situé le dénouement de Michel Strogoff. Tous les jeunes sont censés l’avoir lu sur le conseil d’Eric Hoesli. Nous vivons encore un moment inoubliable quand un sonneur de cloches vient nous offrir un concert. Tout en haut de la cathédrale, 6 cloches sont manipulées avec virtuosité grâce à 6 cordes. Le résultat nous coupe le souffle dans l’ambiance de la tombée de la nuit, avec vue splendide sur la ville. Ce musicien généreux et sa musique nous insufflent une merveilleuse énergie. Nous avons tous conscience du privilège que représente ce voyage.

 

Les cloches.
Les cloches. [Christophe — DR]

 

Evgeni Smirnoff, musicien de balalaïka joue «Kalinka»:

 

Balalaïka.
Détours - Publié le 29 mars 2016
 

 

Le retour

Nous passons deux jours à Moscou sur les lieux incontournables

L'avis des enfants sur leur visite de Mosou:

 

A Moscou.
Détours - Publié le 29 mars 2016
 

 

Puis retour à la maison, accueil des parents à l’aéroport de Genève. Sur la route dans la voiture, les souvenirs fusent.

Plus tard, nous organisons un goûter de retrouvailles remplis d'éclats de joie: nos jeunes aventuriers ne sont pas prêts d’oublier «LA SIBIR»…

Les émissions de radio

Les jeunes explorateurs du Lac Baïkal.

Deux émissions diffusées dans «Détours» les 28 et 29 mars 2016

 

Traîneau sur le Lac Baïkal.
Détours - Publié le 28 mars 2016

 

 

Après la pêche sur le Lac Baïkal.
Détours - Publié le 29 mars 2016
http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/detours/7524073-voyage-en-siberie.html

 1.

Le sage du Baïkal

Sergueï a renoncé à une carrière prospère pour s’installer sur une île du lac Baïkal avec sa femme. Il est l’ange gardien d’une petite église et des voyageurs de passage

 

Sergueï a renoncéà une carrière prospère pour s’installer surune île du lac Baïkal avec sa femme

Il est l’ange gardien d’une petite égliseet des voyageursde passage

Le sage du Baïkal

L’industrie forestière finlandaise, qui représente 5% du produit intérieur brut du pays, vend de moins en moins son produit phare: le papier galcvgp

Pour survivre, elle a décidé de miser sur des produits révolutionnaires, comme des chewing-gums ou des biocarburants

Il tire les cordes avec énergie et le carillon tenu par trois poteaux en bois se met à vibrer. Les sons s’échappent du haut de la colline et s’en vont s’évanouir sur l’immensité du plan d’eau. Le grand homme à la barbe noire et au visage tanné par le soleil esquisse un sourire. Un sourire de sérénité.

Au milieu de la Sibérie, sur une île du lac Baïkal – à plus de 6 heures d’avion de Moscou –, vit un «sage». L’ «oncle» Sergueï, «le sonneur de cloches», le «barbu», le «pope», comme ils l’appellent dans le village de pêcheurs. Le philosophe n’a pas 80 ans, tel un patriarche mûri par les expériences de vie, mais 39. Seule sa grosse barbe fournie peut tromper le visiteur.

Sergueï Eremeïev ne goûte guère ces qualificatifs élogieux. D’ailleurs, il s’inquiète. «Tu ne vas pas écrire un article sur moi, s’il te plaît?» demande-t-il, de sa voix grave et douce. On lui promet qu’à travers son histoire, ce sera l’»âme russe» dont on fera le portait. Rassuré, il reprend son travail à coups de pioche.

Sergueï s’active au fond d’un immense trou qu’il creuse pour installer deux citernes d’eau potable. Il a entamé ce printemps la construction d’une maison pour sa femme et ses trois enfants, à quelques mètres d’une petite église sur la colline désertique. Il travaille aussi longtemps que la lumière le lui permet, soit jusqu’à 23 heures en ce mois de juin sibérien. Sans relâche. Et sans signe de découragement face à l’ampleur de la tâche.

«Le découragement, c’est un péché. Si tu le sens venir, empresse-toi de le chasser, de le balayer violemment de ta maison», dit-il calmement.

Persévérant, ce fils de gradé soviétique, né à Dresde en Allemagne, l’était déjà adolescent, quand il fut recalé de l’Université de Moscou car il ne maîtrisait pas l’anglais. «Ils m’ont dit que je n’étais pas doué pour les langues. J’ai donc tout fait pour apprendre, j’interpellais les touristes dans la rue, dans le métro», explique-t-il dans un français impeccable. Il devient président de la société anglaise des étudiants. «Nous sommes comme ça, les Russes: quand on nous dit que c’est impossible, nous relevons le défi. On nous disait que l’espace était inaccessible, nous avons envoyé Gagarine.»

Avec son diplôme en management international, il enchaîne plusieurs jobs dans le tourisme puis dans un cabinet international de recrutement de cadres. Travaillant pour Coca-Cola, British Petroleum et autres multinationales. C’était sa jeunesse «casino, cigares et costume-cravate hors de prix», reconnaît-il.

Entre deux coups de pelle, le grand homme maigre à la chemise brunie par la terre poursuit: «C’était un travail intéressant et bien payé. Mais il me manquait «quelque chose» pour nourrir mon âme. Je voulais trouver une vocation, pas juste un boulot.»

Il rencontre alors les moines d’un monastère orthodoxe lors d’un voyage à Chypre. Il découvre «des anges, des hommes purs, qui ont réussi à se détacher des biens de ce monde». Inspiré, le jeune Sergueï, fils unique d’un couple peu pratiquant, s’ouvre à Dieu.

A 24 ans, il plaque tout et se rend en France pour étudier la philosophie à la Sorbonne. Travaillant de nuit comme gardien, il apprend le français, ainsi que sa culture, sur les bancs de l’université et approfondit la théologie orthodoxe à l’Institut Saint-Serge. Il s’éprend d’Anastasia, cette jeune Russe qui deviendra sa femme, et qui le suivra partout, comme «une femme de Décembriste [révolutionnaires de 1825]», précise-t-il avec beaucoup de respect.

Se succèdent plusieurs années de pérégrinations à Chypre, auprès des moines, et à Bethléem notamment. Quand le jeune couple rentre à Moscou, cette soif de vie, cette quête de sens les poursuit toujours. Le père Vladimir leur parle alors d’une île sublime du lac Baïkal, qui ressemble au Mont-Athos: Olkhon. «Il m’a dit que l’on construisait une église. Alors j’ai réagi en Russe, j’y suis allé», s’exclame-t-il. «C’est ça, l’âme russe! La possibilité de voir le monde spontanément. Ce n’est pas l’adage «je pense, donc je suis», mais «j’aime, j’adore, j’y plonge… donc je suis». Ce n’est pas une nationalité ou une question de passeport. C’est un état d’esprit. Vous êtes Russe si vous êtes prêt à mourir demain.»

L’emménagement au cœur de la Sibérie est un nouveau défi pour le couple. Anastasia, qui vient du sud de la Russie et qui travaillait dans les plus grands palaces, souffre de la dureté des hivers. «A Olkhon, l’électricité venait d’être installée. Les toilettes n’étaient qu’un trou dehors, il n’y avait pas de douche, juste des banias [saunas publics]», admet Sergueï. La Russe, grande blonde au teint pâle, a fini par apprivoiser l’île et remercie son mari, huit ans et trois enfants plus tard. «J’ai le sentiment que nous sommes là où nous devons être», souligne-t-elle.

Dans une petite isba en rondins de bois, construite sur le terrain de l’église, la famille vit au rythme sibérien. «Lectures», «réflexions» et moments de bonheur en hiver, travail acharné les mois les plus doux. Ils construisent ainsi leur propre maison, mieux isolée (pour supporter les moins 30°) et plus grande. La commune leur loue le terrain 700 roubles par année, soit moins de 20 francs, et le leur cédera dans trois ans.

Peu de ressources sont nécessaires pour vivre sur l’île, explique Sergueï. Les habitants s’entraident et «nous avons reçu des subventions de Poutine, suite à la naissance de nos 2e et 3e enfants, pour construire notre maison», se réjouit-il. Une manne salutaire de 430 000 roubles, soit 11 200 francs, réservés au projet familial.

L’érudit polyglotte fait aussi quelques visites touristiques de l’île, par semaine ou par mois, qui lui permettent de nourrir sa famille. On apprend ainsi au détour de la conversation qu’il a guidé plusieurs «célébrités» comme l’explorateur et homme d’affairesFrederik Paulsen, consul honoraire de Russie à Lausanne, ou encore le fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam.

Mais le cœur de Sergueï est ailleurs. Dans une foule de projets qu’il a rêvés et mis à exécution. Comme cette splendide place de jeux qui domine l’immensité du lac Baïkal, et dont la qualité contraste avec la précarité de sa propre demeure. Cette place, il l’a construite de ses mains, avec l’aide de nombreux habitants et voyageurs.

Car Sergueï est une légende parmi les baroudeurs. Inscrit sur le siteCouchsurfing, il accueille chaleureusement (et gratuitement) tous les gens de passage, peu importe leur nombre, dans une maison qu’il a construite et baptisée Philoxenia – «amour de l’étranger» en grec. «C’est comme la Philoxenia d’Abraham, dans la Genèse. Quand il offre l’hospitalité à trois anges pèlerins», précise-t-il.

La cabane en bois au plafond bas se compose d’une grande pièce entourée de lits à étage. Et une table centrale pour des moments de convivialité entre voyageurs. «Je comprends l’esprit des gens qui se cherchent.» Il a lui-même voyagé en stop de Paris jusqu’en Grèce, et reçu de «précieux soutiens» sur son chemin. «Je veux offrir la même chose au­jourd’hui.» Philoxenia ne désemplit pas de mars à décembre. N’a-t-il jamais vécu de mauvaises expériences? «Si j’en ai eu, je les ai oubliées», répond-il avec bienveillance.

Les backpackers se montrent plutôt reconnaissants. Trois étudiants ont rejoint le chantier aujourd’hui pour donner un coup de main à Sergueï, épaulé par deux ouvriers du Caucase. Sous un soleil de plomb, les travailleurs posent les fondations sur la terre sablonneuse. La maison sera exposée au Sarma, le terrible vent sibérien, loin de la protection de la forêt. Mais il n’était pas question pour Sergueï de s’établir loin du petit édifice aux murs blancs et aux dômes bleus. Sa véritable vocation. «J’ai voulu m’installer vers cette église et m’en occuper. C’était ma passion. Son mystère m’a attiré», dit-il, les yeux brillants.

Avant son arrivée, le lieu saint construit par une veuve d’Irkoutsk était presque constamment fermé. Sergueï l’ouvre désormais tous les matins. Il a demandé à Igor, un ami peintre, de repeindre l’intérieur de grandes fresques de saints aux auréoles dorées sur un fond bleu. Il a enrichi l’édifice de plusieurs icônes rapportées du Mont-Athos, et fait venir des cloches qu’il a installées dans le jardin de l’église. «Les circonstances m’ont amené à réaliser ces projets. La communauté de croyants et les voyageurs m’ont beaucoup aidé», souligne-t-il.

L’église ne fait que quelques mètres et les fidèles sont peu nombreux sur cette île qui compte un tiers de Bouriates, un peuple d’origine turco-mongole pratiquant le chamanisme. Mais Sergueï et sa femme l’habitent de toute leur âme et leur voix mélodieuse accompagne les offices du prêtre qui a emménagé récemment à côté de leur maison.

Sergueï, lui, n’a pas voulu occuper cette responsabilité. «Je n’ai pas senti la vocation. Il faut avoir un don, et je ne l’ai pas reçu. Ce que Dieu m’a permis de voir sur moi-même, mes imperfections, m’ont abstenu de m’engager sur cette voie», note-t-il. Il partage néanmoins sa foi avec bonheur. Il prie les morts, ou les nouveau-nés, quand le prêtre est absent, et prie aussi avec les chamans, quand ils le lui demandent. «Ce sont des individus comme les autres. Je ne prie pas avec des «chamans», mais avec des personnes», précise-t-il.

L’homme de foi a d’autres projets, sur une toute petite île déserte à côté d’Olkhon. «Nous aimerions devenir moines avec Anastasia, lorsque nous serons vieux. Finir notre vie sur Zamogoï.» Le barbu s’est abstenu de prendre cette voie plus jeune, car il n’était «pas encore assez mûr». «Mais maintenant, j’y pense de plus en plus.»

Anastasia, qui berce son nouveau-né Lazare dans le jardin de l’église, nous glisse en aparté: «Si Dieu le veut, notre projet se réalisera. Sinon, c’est qu’il n’était pas fait pour nous.» On se demande alors qui des deux époux, sur cette île du Baïkal au milieu de la Sibérie, doit être considéré comme le plus «sage». Le mari inspiré, voire exalté. Ou la douce maman de 35 ans, qui gère avec une infinie patience les passions de son épou x.

A 24 ans, il plaque tout et part à la Sorbonne étudier la philosophie>>>

 http://www.letemps.ch/monde/2014/07/08/sage-baikal

2. 

Neuf heures tapantes. Sergueï actionne les cloches de l’église dont le son inonde le petit village de Khuzir sur l’île d’Olkhon, la plus grande du lac Baïkal. Juchée sur une colline surplombant le bourg, la minuscule église exposée à tous vents offre un point de vue saisissant sur le lac sibérien, la plus grande et la plus ancienne réserve d’eau douce de la planète. Si demain toutes les autres sources d’eau douce venaient à tarir, le Baïkal pourrait permettre à l’Humanité de boire pendant environ 40 ans.

Sergueï nous propose de prendre un thé dans son charmant chalet en bois, construit en ce lieu chargé d’énergie. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la table est recouverte de toutes sortes de biscuits et de chocolat. Né à Dresde en 1975, Sergueï garde l’église de Khuzir depuis sa construction en 2005, date également de la connexion de l’île au réseau électrique russe. Avant 2005, l’île est alimentée en électricité par 2 vieux générateurs allemands datant d’après-guerre, conçus pour fonctionner en continu. Alors que les habitants décident de faire des économies il y a quelques années et choisissent de faire fonctionner les générateurs par intermittence, ceux-ci rendent l’âme.» Toujours suivre les manuels d’utilisation des machines allemandes», comme le suggère Sergueï avec une pointe de malice. Ceux-ci ont du disparaître depuis belle lurette…

Le Baïkal est un être vivant qui permet à toute la population environnante de vivre. Peuplé de 80% d’espèces endémiques, il fournit les riverains en nombreux poissons dont le délicieux omoul, mais aussi en eau potable sans filtration nécessaire, sauf aux abords du delta de la Selenga. En cette période de mi-janvier, le lac est entièrement gelé à l’ouest d’Olkhon ce qui permet de relier le continent en voiture.

Une épaisseur moyenne de glace de 50 centimètres garantit la sécurité. Au plus profond de l’hiver, le lac gèle entièrement sur plus d’un mètre d’épaisseur. Pendant la période de gel, de nouvelles fissures dans la glace se créent chaque jours, ajoutant un certain piment à la conduite sur glace. Chaque année, des véhicules se font piéger, la vigilance est donc de mise. En novembre et décembre, le lac est trop gelé pour le ferry mais pas assez pour un camion, ce qui fait que le courrier n’a pas été livré pendant 2 mois.

Le jour de notre arrivée, le 19 janvier, de nombreux habitants de l’île dont Sergueï se sont sacrifiés à la tradition de l’épiphanie par un bain dans les eaux du Baïkal, entre 0 et 1°C. Un bania (équivalent du sauna en Sibérie) sur un traineau permet aux téméraires de se réchauffer alors que la température extérieure oscille entre -15 et -35°C. Selon les dires locales, un bain dans les eaux pures et transparentes du lac permettrait de gagner 10 ans de longévité.

A l’origine peuplée par les Bouriates, descendants des Mongols, Olkhon est désormais métissée entre ethnies Russe et Bouriate. Le chamanisme ainsi que l’orthodoxie s’y côtoient donc depuis quelques années. Les icônes sont tout particulièrement vénérées dans l’orthodoxie, et les pratiquants les baisent dans les églises. Sergueï nous a d’ailleurs offert deux petites icônes chacun qui nous suivront pendant notre voyage. Les falaises du» rocher du chaman» se jettent dramatiquement dans le lac, rappelant également l’importance du chamanisme sur l’île. Une stupa (bouddhiste) a également été construit sur une petite île au sud d’Olkhon, accueillant de nombreuses croyances compte tenu sa population.

Demain, à 9 heures tapantes, le son des cloches de l’église d’Olkhon retentira à nouveau. L’entendrez-vous?

Partis le 7 janvier 2010 en train depuis la France, nous sommes actuellement en voyage autour du monde pendant un an. Retrouvez plus d’informations, d’autres articles ainsi que des photos de notre voyage sur www.aroundzeworld.com.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/01/25/sonneur-de-cloches-sur-l-ile-d-olkhon_1296064_3232.html#dJs9ZPQJToRviIGm.99

 

3.

A Irkoutsk, près du lac

Baïkal, le retour de la

flamme orthodoxe

 

CARTES POSTALES DU LAC BAÏKAL (4/5). Depuis la fin du communisme, beaucoup de Russes ont renoué avec leur foi orthodoxe. Ils restaurent les églises et en rebâtissent. Comme hier à Olkhone et demain à Irkoustk.
ZOOM 

Pendant l’année, seule une vingtaine d’habitants assistent aux offices dominicaux, mais l’été, les voyageurs affluent dans les églises restaurées.

Sergueï tire avec une belle énergie sur les cordes. À toute volée, le son des cloches emplit l’air du soir. À deux pas, l’église vouée à saint Nicolas, patron des pêcheurs et des voyageurs, dresse ses bulbes dans le soleil revenu. 

En contrebas, les maisons en bois de Khoujir se serrent au petit bonheur la chance le long de rues pleines de sable. Il y a six ans, Sergueï s’est installé sur l’île d’Olkhone avec son épouse Anastasia. Depuis, il est sacristain. 

Il a aussi ouvert une hospitalité baptisée» refuge du routard », ouverte à tous, quelles que soient les convictions. » Quand j’étais moi-même pèlerin, voyageur, beaucoup de gens m’ont aidé. J’ai voulu faire perdurer cette tradition d’accueil «, explique-t-il un peu plus tard, assis sur un banc devant l’église, en jouant avec Louba (Aimée), sa fillette installée sur les genoux.

 

» J’ai découvert la Bible à 21 ans  «

Ce fils d’officier de l’Armée rouge est né il y a 37 ans, à Dresde, en Allemagne, où son père était en poste. Ses études terminées, il arrive à Paris comme conseiller en recrutement mais s’inscrit aussi à la Sorbonne en philosophie. 

Très vite, il lâche son job pour se consacrer exclusivement à la philosophie, jusqu’à obtenir une licence. » C’est à 21 ans que j’ai ouvert la Bible pour la première fois. Mes parents étaient baptisés mais ne pratiquaient pas. C’est grâce à mes recherches personnelles qu’ils ont commencé à se poser des questions sur le sens de la vie ! », confie Sergueï dans un français impeccable issu de ses années parisiennes.

» Quand j’étais jeune, se souvient-il encore, les prêtres habillés en noir me faisaient peur. J’avais l’impression qu’ils ne parlaient que de mort. C’était l’effet de l’idéologie ! Khrouchtchev  (premier secrétaire du PC soviétique de 1953 à 1964 – NDLR) n’avait-il pas promis que, de son vivant, on verrait le dernier prêtre ?  «

» J’avais besoin de me poser  «

De Paris, Sergueï se rend au mont Athos, en Grèce, puis à Chypre, enfin à Bethléem. Partout, des rencontres ont guidé sa vie future. Au Sacré-Cœur, à Paris, une sœur lui a recommandé l’Institut Saint-Serge où il a renoué de manière plus savante avec l’orthodoxie. 

Au monastère de Kykkos, à Chypre, il a croisé des moines de Serguiev Possad, haut lieu de l’orthodoxie russe. À Nicosie, il s’est lié avec le P. Lazare qui, plus tard, célébrera son mariage. 

À Bethléem enfin, le P. Nikita, prêtre à Irkoutsk, lui a proposé de venir au bord du Baïkal, sur l’île d’Olkhone où, alors, l’église Saint-Nicolas n’était encore ni achevée ni consacrée.  « Ici, c’est un endroit magique, dit-il. J’avais besoin de me poser. Ce désir m’a retenu.  «

» L’orthodoxie a toujours existé dans la vie des Russes  «

L’été, les voyageurs affluent à Saint-Nicolas. Le reste de l’année, une vingtaine d’habitants assistent aux offices dominicaux. Pour Pâques et Noël, ils sont deux ou trois fois plus. Il y a aussi des mariages, des baptêmes, parfois demandés par des croyants venus de loin. 

Sergueï se félicite de ce retour à la foi. Mais, à l’en croire, même sous le communisme,  « l’orthodoxie a toujours existé dans l’âme et la vie des Russes ». « Qu’ils soient avec ou contre, jamais les Russes n’ont été sans Dieu  «, assure-t-il.

» C’était risqué de se faire baptiser  «

Ce n’est pas Irina qui le contredira. Cette jeune femme de 33 ans, mariée depuis peu à un Français, s’affiche très croyante. Quand elle a l’occasion d’entrer dans une église, elle ne manque jamais d’allumer un cierge et de prier, comme ce soir de juin, au monastère de la Vierge de l’Incarnation, à Irkoutsk. 

Ce soir-là, l’assistance est nombreuse – femmes en fichu, hommes tête nu, tous debout. Tous se signent abondamment, s’inclinent souvent et mêlent leurs voix, à celles, graves, des prêtres, et plus aiguës, du chœur. 

« Ces belles voix me bouleversent toujours », confie-t-elle, avant de raconter :» J’ai été baptisée en 1979, ce sont mes grands-parents qui ont insisté. Pour mes parents, étudiants, c’était un peu risqué : ils auraient pu se faire expulser de l’université.  « 

Puis, montrant la photo de Kirill, l’actuel patriarche de l’Église orthodoxe russe, épinglée sur un mur, Irina confie :  « Il est génial ! Tous les dimanches, il parle à la télévision avec des mots très simples, très touchants, compréhensibles par tous, de la foi mais aussi de nos problèmes quotidiens. Il est très convaincant.  « 

Lorsque Irina a installé son agence de voyages dans de nouveaux locaux, elle n’a pas manqué de demander à un prêtre de les bénir.

» Une magnifique célébration du millénaire  «

Au milieu des années 1980, lorsque l’URSS a commencé à se fissurer, Dieu a ainsi refait irruption dans la vie de beaucoup. Et les églises ont recommencé à se remplir. » En 1988, la célébration du millénaire du baptême de la Russie a été une fête extraordinaire  «, se souvient Irina. 

Depuis, les églises sont retapées, les coupoles repeintes avec l’aide de l’État et de donateurs privés, très généreux. À Irkoutsk, ville de 650 000 habitants où la gigantesque église Notre-Dame-de-Kazan et ses cinq coupoles avait été plastiquée en 1934, la femme du maire, Marina Kondrachova, très croyante, s’active pour obtenir sa reconstruction sur la place Kirov. 

Aux dernières nouvelles, le dossier avance. La Douma (assemblée) locale a donné son feu vert.

» Les jeunes reviennent dans les églises  «

Pour autant, la Russie n’a pas retrouvé la ferveur religieuse d’avant 1917.  « À la fin du communisme, il y a eu une mode de l’orthodoxie. Comme toutes les vagues, elle est retombée. Seuls ceux qui cherchent vraiment sont restés  «, confie le P. Dimitri. 

Devenu prêtre à 40 ans, ce père de famille de trois enfants, a longtemps été économiste, tout en assurant un service à l’église. Puis, il a sauté le pas. Aujourd’hui en charge de la paroisse Notre-Dame-de-Kazan, à Oust-Ouda, dans la grande banlieue d’Irkoutsk, il constate que si, pour les grandes fêtes, la» sainte liturgie » attire les foules, les pratiquants réguliers n’excèdent pas 5 % de la population. 

Mais, il se veut optimiste :  « Autrefois, il n’y avait que des vieux dans les églises. Aujourd’hui, les jeunes, y compris les jeunes intellectuels, viennent nombreux, filles mais aussi garçons. Cela donne gaieté et dynamisme à la vie paroissiale.  « 

----------------------------

Une» symphonie » entre le pouvoir et l’Église orthodoxe 

Au début de la révolution bolchevique, beaucoup de prêtres et de moines et même de simples croyants ont été exterminés ou déportés. Sous le communisme, seules les grands-mères – ou presque – fréquentaient les paroisses, beaucoup de monastères et d’églises étaient fermés.

Aujourd’hui, 65 % des Russes se disent orthodoxes et 29 000 paroisses, 800 monastères, plus de 100 séminaires ou académies de théologie sont en activité. Le pouvoir et l’Église se sont rapprochés : le président Vladimir Poutine s’affiche croyant et pratiquant. Il a renoué, à sa manière, avec la » symphonie entre le patriarche et l’empereur  « qui, jadis, constituait un élément fondamental de l’identité russe.

Pourtant, officiellement, la Russie reste un pays multiconfessionnel. Cela pousse l’écrivain et éditeur Alexandre Laptiev à dénoncer une forme» d’hypocrisie du régime ».» En réalité, seule l’orthodoxie est soutenue, dit-il.Les autres religions doivent se débrouiller. À Irkoutsk, une seule église catholique est ouverte, mais pas dans le centre, et cela ne s’est pas fait sans problème.  «

PAULA BOYER, sur l’île d’Olkhone et à Irkoutsk
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/A-Irkoutsk-pres-du-lac-Baikal-le-retour-de-la-flamme-orthodoxe-_EG_-2012-07-04-827142

Réservez maintenant